Framboisiers : supprimer les cannes au bon moment pour récolter plus
Le framboisier est l'un des fruitiers les plus généreux du jardin, à condition de comprendre un principe fondamental : chaque canne ne produit qu'une seule fois. Confondre les anciennes et les nouvelles cannes, rater la fenêtre de suppression, ou négliger le palissage expose le jardinier à une récolte médiocre sur des plants qui pourraient facilement fournir 1 à 2 kg de fruits par mètre linéaire. En juin, la situation est particulièrement lisible : les cannes de deux ans fructifient, les cannes de l'année poussent vigoureusement à côté. C'est le moment idéal pour apprendre à les distinguer et planifier les gestes de la saison.
Comprendre le cycle des cannes : la clé de toute la culture
Deux générations cohabitent en permanence
Le framboisier produit chaque année de nouvelles tiges ligneuses depuis son système racinaire, appelées cannes primocanes la première année. Ces tiges poussent sans fleurir pendant toute la saison. L'année suivante, ces mêmes cannes deviennent des floricanes : elles portent les fruits, généralement entre juin et août pour les variétés non remontantes, puis meurent naturellement. En juin, les deux générations sont donc visibles simultanément dans la même touffe.
Comment distinguer visuellement les cannes en juin
- Vieilles cannes (floricanes) : écorce brunâtre à grisâtre, texture légèrement rugueuse, ramifications latérales portant des fleurs blanches ou des fruits en cours de formation, base souvent plus épaisse.
- Nouvelles cannes (primocanes) : teinte verte à rougeâtre, surface lisse, tiges non ramifiées, croissance verticale rapide — elles peuvent gagner 5 à 10 cm par semaine en juin.
Cette distinction conditionne tous les gestes à venir : ne jamais couper les cannes vertes en cours de saison, et planifier la suppression des floricanes dès la fin de leur production.
Que faire en juin : palissage, suppression sélective et sélection des cannes
Palisser les nouvelles cannes dès maintenant
En juin, les primocanes atteignent souvent 60 à 100 cm de hauteur. Sans palissage, elles s'inclinent, créent de l'humidité stagnante et compliquent la récolte. Le système recommandé par les arboriculteurs amateurs consiste à tendre deux à trois fils de fer galvanisé entre des poteaux espacés de 3 à 4 mètres, à des hauteurs de 60 cm, 100 cm et 150 cm. Les nouvelles cannes sont attachées verticalement ou légèrement inclinées à l'aide de raphia naturel ou de bagues plastiques souples, jamais serrées.
Sélectionner le bon nombre de cannes par mètre
Un excès de nouvelles cannes nuit à la ventilation et à la qualité des fruits futurs. La règle généralement retenue est de conserver 6 à 8 primocanes robustes par mètre linéaire, en éliminant les tiges trop fines (moins de 8 mm de diamètre à la base), cassées ou mal positionnées. Cette sélection s'effectue en coupant à ras du sol, sécateur désinfecté à l'alcool à 70° ou à l'eau de Javel diluée à 5 %.
Supprimer les floricanes épuisées
Dès qu'une canne a terminé de porter ses fruits — ce qui peut commencer fin juin pour les premières variétés hâtives —, elle doit être coupée immédiatement au ras du sol. Laisser ces tiges mortes en place favorise le développement de la pourriture grise (Botrytis cinerea) et offre un refuge aux larves de cécidomyie. Les cannes coupées ne doivent pas être compostées si elles présentent des signes de maladies : elles partent à la déchetterie ou sont brûlées.

Les variétés : remontantes ou non, le choix change le calendrier
Variétés non remontantes : une seule récolte, mais abondante
Ces variétés produisent uniquement sur les floricanes, entre fin juin et août selon le cultivar. Parmi les plus répandues en France : 'Malling Promise' (précoce, gros fruits), 'Glen Ample' (très productive, résistante à la verticilliose), 'Tulameen' (fruits de qualité gustative élevée, sensible à la sécheresse). Leur gestion est simple : on ne conserve que les nouvelles cannes de l'année, et toutes les floricanes sont supprimées en une seule opération après récolte.
Variétés remontantes : deux récoltes possibles, gestion plus technique
Les variétés remontantes comme 'Autumn Bliss', 'Polka' ou 'Heritage' produisent une première fois en été sur les floricanes, puis une seconde fois en septembre-octobre sur le sommet des primocanes de l'année. Deux stratégies de taille sont possibles :
- Taille rase totale en hiver (toutes les cannes coupées à 10 cm) : on renonce à la récolte d'été mais on obtient une récolte d'automne abondante et facile à gérer.
- Taille sélective : conserver les floricanes pour la récolte d'été, les supprimer ensuite, et laisser les primocanes produire en automne sur leur partie supérieure.
La première méthode est conseillée aux jardiniers débutants ou aux plantations denses : elle simplifie radicalement l'entretien. Pour aller plus loin dans la planification des fruitiers au fil des saisons, consultez notre calendrier de plantation des arbres fruitiers, qui détaille aussi les meilleures périodes d'intervention selon les espèces.
Sol, arrosage et fertilisation en juin : les bases à ne pas négliger
Le paillage, indispensable en période chaude
Le framboisier développe un système racinaire superficiel, concentré dans les 30 premiers centimètres du sol. En juin, la chaleur et l'évaporation menacent cette zone critique. Un paillage de 8 à 10 cm d'épaisseur — paille céréalière, broyat de bois raméal ou feuilles compostées — maintient l'humidité, freine les adventices et régule la température du sol. Éviter les paillages azotés comme le gazon frais en grande quantité, qui fermentent et brûlent les racines.
Arrosage : quand et combien
En l'absence de pluie, le framboisier exige 20 à 30 litres par mètre carré par semaine en période de fructification. Un arrosage au pied, de préférence le matin, limite les maladies foliaires. Les systèmes goutte-à-goutte sont particulièrement adaptés : ils maintiennent une humidité constante sans mouiller le feuillage. Éviter l'arrosage en pleine chaleur (entre 11 h et 16 h) qui peut provoquer des brûlures foliaires et un stress hydrique paradoxal.
Fertilisation raisonnée en juin
Si un apport azoté a été réalisé en avril-mai, aucun engrais supplémentaire n'est nécessaire en juin pour les variétés non remontantes. Pour les remontantes, un léger apport de compost mûr (1 à 2 kg par mètre linéaire) en surface, sans enfouissement, peut soutenir la double production. Attention à ne pas surdoser l'azote en été : cela favorise le feuillage au détriment des fruits et rend les cannes plus sensibles au froid hivernal.
Maladies et ravageurs à surveiller en juin
La pourriture grise et l'anthracnose
Botrytis cinerea se manifeste par des taches brunes sur les fruits et un feutrage grisâtre. Elle est favorisée par les plantations trop denses, le manque de ventilation et les arrosages par aspersion. En cas d'attaque, supprimer et détruire immédiatement les fruits atteints. L'anthracnose (Elsinoe veneta) provoque des taches violacées sur les cannes : couper et brûler les parties atteintes, désinfecter le sécateur entre chaque coupe.
La cécidomyie du framboisier
La larve de Resseliella theobaldi creuse des galeries sous l'écorce des jeunes cannes, provoquant leur flétrissement brutal. Le premier signe est une canne verte qui s'affaisse soudainement en juin. Couper la canne 15 cm sous la zone atteinte et détruire les résidus. Aucun traitement curatif efficace n'existe en jardinage amateur : la prévention passe par un bon palissage (éviter les blessures à la base des cannes) et la suppression rapide des vieux bois. Comme nous l'expliquons dans notre guide sur l'entretien du jardin au fil des saisons, l'observation régulière des végétaux en juin permet de détecter ces attaques avant qu'elles se propagent.
Les pucerons et les acariens
En conditions chaudes et sèches, les acariens tétranyques colonisent le revers des feuilles, provoquant un jaunissement caractéristique. Un arrosage par aspersion ponctuel du feuillage (hors période de fructification pour éviter la pourriture) suffit souvent à les décrocher. Les pucerons, plus visibles, attirent généralement leurs prédateurs naturels (coccinelles, chrysopes) si le jardin est suffisamment diversifié — une raison supplémentaire de ne pas recourir aux insecticides à large spectre en période de floraison. Pour approfondir la question du calendrier des plantations de fruits et légumes, vous y trouverez aussi des repères utiles sur la succession des interventions.
Questions fréquentes
Quand exactement couper les vieilles cannes de framboisier ?
Pour les variétés non remontantes, les floricanes sont coupées au ras du sol dès la fin de leur production, généralement entre juillet et août. Ne pas attendre l'automne : les laisser en place favorise les maladies fongiques et les ravageurs. Pour les remontantes, la suppression dépend de la stratégie choisie (taille rase hivernale ou taille sélective).
Combien de cannes garder par pied de framboisier ?
La règle pratique est de conserver 6 à 8 nouvelles cannes (primocanes) par mètre linéaire de rang, en éliminant les tiges de moins de 8 mm de diamètre à la base. Pour un plant isolé, 4 à 6 cannes robustes suffisent. Un excès de cannes réduit la ventilation et la qualité des fruits.
Peut-on planter des framboisiers en juin ?
Ce n'est pas la période idéale. La plantation en pleine terre est recommandée de novembre à mars, hors gel, pour les plants à racines nues. En juin, on peut installer des plants en conteneur (pot), mais il faut assurer un arrosage très régulier pendant les 6 à 8 premières semaines. Éviter les expositions sud sans ombre partielle pour les jeunes plants.
Pourquoi mes framboises sont molles ou pourrissent sur pied ?
La cause la plus fréquente en juin est la pourriture grise (Botrytis cinerea), favorisée par l'humidité stagnante entre les cannes, les arrosages par aspersion ou une densité de plantation excessive. Supprimer immédiatement les fruits atteints, améliorer la ventilation par une sélection des cannes, et basculer sur un arrosage au pied. Des pluies fréquentes combinées à un manque de circulation d'air suffisent à déclencher une épidémie sur une rangée entière.