Maladies des tomates : agir au bon stade pour vraiment les éviter
En juin, les plants de tomates ont atteint 40 à 60 cm de hauteur dans la plupart des régions françaises. C'est précisément à ce stade que les conditions deviennent favorables aux principales maladies fongiques : les nuits encore fraîches conjuguées à des journées chaudes et humides créent un cocktail idéal pour le mildiou et l'alternariose. Attendre les premiers symptômes pour réagir, c'est déjà trop tard. Comprendre le cycle de chaque pathogène permet au contraire d'anticiper, et souvent d'éviter toute intervention curative.
Identifier les quatre maladies les plus courantes en France
Toutes les taches sur feuilles ne se ressemblent pas, et les confondre conduit à des traitements inefficaces. Voici les quatre pathologies à distinguer absolument.
Le mildiou (Phytophthora infestans)
- Taches brunes irrégulières sur les feuilles, auréolées d'un duvet blanc blanchâtre sous la feuille par temps humide.
- Se développe entre 10 °C et 25 °C avec une humidité supérieure à 90 % pendant au moins 10 heures consécutives.
- Progression rapide : un plant contaminé peut perdre 80 % de son feuillage en moins de deux semaines si les conditions restent favorables.
- Les fruits ne sont pas épargnés : taches brunes fermes, parfois invisibles jusqu'à la coupe.
L'alternariose (Alternaria solani)
- Taches brunes concentriques en cible, d'abord sur les feuilles basses, entourées d'un halo jaune.
- Se développe plutôt par temps chaud (20–30 °C) avec des alternances humidité/sécheresse.
- Progresse du bas vers le haut du plant : les feuilles basses jaunissent et tombent avant que le sommet ne soit touché.
La septoriose (Septoria lycopersici)
- Petites taches rondes, centre gris clair avec un liseré brun foncé, apparaissant après les premières pluies chaudes de juin.
- Commence toujours sur les feuilles les plus basses, souvent après la nouaison du premier bouquet.
- Moins spectaculaire que le mildiou, mais épuise le plant sur la durée en réduisant sa capacité photosynthétique.
La cladosporiose (Passalora fulva)
- Principalement problématique sous abri (serre, tunnel) où l'humidité reste élevée.
- Taches jaunâtres sur la face supérieure, feutrage olive à brun sur la face inférieure.
- Particulièrement sensibles : les variétés anciennes non sélectionnées pour la résistance (gène Cf).
Les vecteurs réels de contamination : remettre les idées en place
Plusieurs croyances tenaces circulent sur les causes des maladies. Les données agronomiques permettent de les recadrer.
L'eau sur les feuilles est un facteur, pas la cause
L'arrosage par aspersion le soir favorise effectivement la germination des spores, qui nécessitent un film d'eau de 4 à 6 heures minimum. Mais la contamination primaire vient toujours de spores aériennes ou présentes dans le sol. Arroser au pied le matin reste la meilleure pratique — notre article sur l'arrosage automatique au potager détaille comment régler un goutte-à-goutte adapté à cette contrainte.
Le sol contaminé hivernant
Alternaria solani et Septoria lycopersici survivent dans les débris végétaux et le sol jusqu'à 3 ans. Laisser les tiges et feuilles malades en place à l'automne constitue donc un inoculum pour la saison suivante. Les spores de mildiou, elles, se conservent dans les pommes de terre de serre ou les plants volontaires.
La densité de plantation
Un écartement insuffisant (moins de 60 cm entre les plants) réduit la circulation d'air et maintient une humidité foliaire élevée. La recommandation de 70 à 80 cm entre les plants de tomates indéterminées n'est pas arbitraire : elle vise précisément cet objectif microlimatique.

Un calendrier de prévention mois par mois, de juin à septembre
La prévention efficace repose sur une série de gestes techniques échelonnés dans le temps, pas sur un traitement unique.
Juin : la fenêtre critique
- Effeuillage bas systématique : supprimer toutes les feuilles situées sous le premier bouquet floral dès que celui-ci est noué. Cette opération réduit l'humidité au niveau du sol et élimine les feuilles les plus exposées aux éclaboussures de terre.
- Paillage au pied : une couche de 5 à 8 cm de paille, de foin ou de broyat de bois (pas de compost frais) empêche les spores du sol de remonter sur le feuillage lors des pluies. Consulter notre calendrier de plantation des légumes pour synchroniser cette opération avec le stade de développement du plant.
- Premier traitement préventif au cuivre : en cas de prévisions de pluies répétées (plus de 3 jours consécutifs), une application de bouillie bordelaise à 0,5 % (5 g/L d'eau) est autorisée en agriculture biologique, dans la limite de 6 kg de cuivre-métal par hectare et par an. À l'échelle du jardin familial, cela représente environ 60 g pour 100 m².
- Tuteurage serré : des plants qui se couchent sur leurs voisins créent des zones sans circulation d'air. Vérifier les attaches chaque semaine en juin.
Juillet-août : maintenir la pression basse
- Poursuivre l'effeuillage au fur et à mesure : ne jamais laisser plus d'un tiers de feuilles supprimées par semaine pour ne pas stresser le plant.
- En cas de symptômes de mildiou, supprimer immédiatement les organes atteints dans un sac poubelle fermé — jamais au compost.
- Renouveler la bouillie bordelaise après chaque pluie supérieure à 20 mm, avec un minimum de 10 jours entre deux applications.
- Surveiller la météo : les modèles d'alerte mildiou (Tom-Cast, disponibles sur Vigicultures) calculent le risque en fonction des cumuls de températures et d'humidité nocturne.
Septembre : gestion de fin de saison
- À partir des premiers refroidissements nocturnes (nuits inférieures à 12 °C), le risque mildiou augmente fortement. Couvrir les plants avec un voile de forçage P17 la nuit ou avancer la récolte des fruits virés.
- À l'arrachage, retirer l'intégralité des tiges, feuilles et fruits malades. Brûler si possible, sinon évacuer en déchets verts — jamais en tas au jardin.
- Ne pas replanter de solanacées (tomates, poivrons, aubergines, pommes de terre) dans la même planche avant 3 ans minimum.
Choisir ses variétés : la résistance génétique, premier rempart
Les catalogues de semences mentionnent des codes de résistance standardisés. Les déchiffrer permet de faire des choix éclairés avant même de semer.
Les codes à repérer sur les sachets
- V : résistance à Verticillium dahliae (flétrissement verticillien)
- F ou Fol : résistance à Fusarium oxysporum
- N : résistance aux nématodes
- ToMV : résistance au virus de la mosaïque de la tomate
- Ph : résistance partielle au mildiou (Phytophthora) — attention, "partielle" signifie une sensibilité réduite, pas une immunité totale
Les variétés hybrides F1 comme 'Fantasio', 'Fandango' ou 'Maestria' portent souvent plusieurs de ces résistances combinées. Les variétés anciennes ('Cœur de Bœuf', 'Marmande', 'Noire de Crimée') n'en portent généralement aucune, ce qui ne les disqualifie pas, mais suppose une vigilance renforcée et un positionnement dans des zones bien aérées du potager. Comme nous l'expliquons dans notre guide pour débuter au potager, le choix variétal est souvent la décision la plus structurante de toute la saison.
Les variétés à résistance naturelle partielle testées en conditions françaises
- 'Ferline' : résistance partielle au mildiou reconnue par l'INRAE, fruits de type grappe, saveur équilibrée.
- 'Latah' : variété très précoce (55 jours), utile dans les régions à saisons courtes pour récolter avant le pic mildiou de fin août.
- 'Mountain Merit' : résistance certifiée Ph3, adaptée aux régions humides.
- 'Primabella' : type cerise, bonne tolérance à l'alternariose, productive jusqu'en octobre en conditions normales.
Traitements préventifs et curatifs : ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas
Les produits à base de cuivre
La bouillie bordelaise reste le seul antifongique homologué en agriculture biologique contre le mildiou. Son efficacité est préventive : elle empêche les spores de germer mais ne détruit pas un mycélium déjà installé. Dose utile : 0,3 à 0,5 % en préventif, 0,5 à 1 % en curatif après pluie. L'accumulation de cuivre dans le sol est une réalité documentée : limiter les applications au strict nécessaire.
Le bicarbonate de sodium
Souvent recommandé sur les forums, il agit comme fongistatique faible sur l'oïdium, mais son efficacité contre le mildiou est marginale dans les essais disponibles. À ne pas utiliser seul comme traitement de fond.
Le purin de prêle
Les études de terrain montrent un effet stimulant sur les défenses naturelles de la plante (silice) plutôt qu'un effet fongicide direct. Peut compléter une stratégie préventive, mais ne remplace pas la bouillie bordelaise par temps à risque.
Les substances de base reconnues par la réglementation européenne
- Bicarbonate de potassium : homologué contre l'oïdium, efficacité limitée contre le mildiou.
- Huile essentielle d'orange douce : action de contact, doit être renouvelée fréquemment.
- Laminarine (extrait d'algue brune) : stimulateur de défenses naturelles, à appliquer dès la mise en place des plants, avant tout symptôme.
Questions fréquentes
Peut-on consommer des tomates issues d'un plant atteint de mildiou ?
Les fruits présentant des taches brunes fermes sont à éliminer. Les tomates visuellement saines sur un plant malade peuvent être consommées après vérification à la coupe. La chair doit être ferme, sans brunissement interne. Le mildiou n'est pas dangereux pour l'homme, mais les fruits touchés se conservent très mal et peuvent favoriser des moisissures secondaires.
À quelle fréquence appliquer la bouillie bordelaise en prévention sur les tomates ?
En période sèche et sans symptôme, aucune application n'est nécessaire. Dès que des pluies répétées sont annoncées (3 jours ou plus) ou après un épisode pluvieux supérieur à 15 mm, une application à 0,5 % est justifiée. Le délai minimal entre deux traitements est de 8 à 10 jours. Ne pas dépasser 4 à 6 applications par saison pour limiter l'accumulation de cuivre dans le sol.
La rotation des cultures suffit-elle à protéger les tomates du mildiou ?
La rotation protège contre les maladies telluriques comme l'alternariose ou la fusariose, dont les spores survivent dans le sol. Elle est moins efficace contre le mildiou, dont les spores voyagent par voie aérienne sur des centaines de mètres depuis des jardins ou champs voisins. La rotation reste indispensable (minimum 3 ans entre deux solanacées dans la même parcelle), mais doit être combinée à d'autres mesures préventives.
Comment distinguer un symptôme de carence d'un début de maladie fongique sur les feuilles basses ?
Une carence en magnésium provoque un jaunissement internervaire (les nervures restent vertes), symétrique sur les deux faces de la feuille, sans tache définie ni liseré brun. Une maladie fongique produit généralement des taches délimitées, souvent avec un halo coloré, et peut montrer un feutrage sous la feuille (mildiou) ou des points noirs (pycnides de septoriose). En cas de doute, prélever une feuille dans un sachet plastique hermétique et la soumettre à un conseiller d'une coopérative agricole ou d'un jardin botanique proche.